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Du 28 juin au 27 septembre 2008

 

Marina Gadonneix - « Tout & rien  »

 

Marina Gadonneix
© Marina Gadonneix

“Le travail photographique de Marina Gadonneix s’inscrit dans un projet qui consiste à prélever des lieux livrés à un abandon provisoire. Quels sont ces lieux ? Plateaux de télévision photographiés dans le sommeil de l’information, mais privés de ses héros et autres divinités de la parole, suspendus à un  silence qui pourrait être celui d’un sanctuaire. Le mensonge de la « vie » — qui est vraisemblablement le leitmotiv du flux télévisuel — est ici attaqué de plein fouet : la saisie frontale des plateaux et décors vise à désamorcer leur prétendue intensité dramatique. Maintenant, plus rien ne se passe : interruption du programme, neutralisation des effets, fin de l’histoire. La force de l’image réside dans ce pouvoir de blocage. Il faut dès lors admettre ce vide saturé de vide sans convoquer la nostalgie d’un spectacle qui a perdu sa vraisemblance. Voilà le propos de la série Remote control, qui a permis à son auteur d’accéder au seuil d’un travail qu’elle poursuit sur un autre mode. S’il y a une dimension critique dans ces images (qui n’a pas échappé aux contempteurs du « spectacle ») ses propositions récentes traduisent un souci d’un autre ordre : celui de l’image, nécessairement déconnectée de son référent.

© Marina Gadonneix
© Marina Gadonneix

Ce décalage est manifeste dans la série Removed Landscapes. Les lieux photographiés ont une familiarité avec les plateaux de télévision, car ils sont modelés par le même artifice. Cependant, la distance choisie est sensiblement différente. L’éloignement n’a plus cours. L’image se rapproche des choses, atténue leur présence et se vide par degrés de tout ce qui l’encombre. La couleur a la part belle de cette entreprise de nettoyage. Surfaces monochromes. Déclinaison de couleurs saturées. Nudité alarmante.  Qu’est-il possible d’y voir ? Presque rien ou presque tout, ce qui provoque le même accablement. En effet, pour combler ironiquement ce vide, les titres des photographies renvoient à des paysages lointains et interchangeables. Un décor vert acidulé désigne les « chutes du Niagara », la surface bleutée d’un mur, la « forêt-noire »… Cette disjonction provoque un effet humoristique qui n’est pas sans rappeler Alphonse Allais et ses "Jeunes communiantes chlorotiques dans la neige", invisibles dans une image toute blanche  (1883). Mais plus généralement, ces paysages, libres de toute appropriation, dénoncent l’asservissement de l’imaginaire aux rêveries de la masse. Persiste cependant une exception, sans doute là pour ne pas enfermer le travail et lui donner un  sursaut d’intensité : il faut en effet signaler, qu’en dépit du caractère incisif du projet, sa puissance visuelle nous rend songeurs : la beauté pourrait tout à fait se trouver dans des directions et chemins imprévus.”

Amaury da Cunha
 
Marina Gadonneix (Paris)  est  diplômée  de l’Ecole Nationale de la Photographie d'Arles en 2002. Elle est membre du collectif de photographes  « POC Project » et est lauréate de la fondation HSBC  pour la photographie (2006).
Son travail est représenté par la galerie Esther Woerdehoff (Paris).

De 10h à 12h et de 15h à 18h30 sauf dimanche et férié.

Entrée libre

 


©© L'imagerie 2002 - Création : B.Masson