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Du 27 juin au 3 octobre 2009

 

DIDIER BEN LOULOU  / JERUSALEM

 

© Didier Ben Loulou
© Didier Ben Loulou

«  C’est en 1991 que j’ai commencé à travailler sur Jérusalem, j’ai poursuivi cette quête quotidienne jusqu’en 2006. Son aboutissement est un livre et un corpus de 124 images. C’est une toute petite partie de l'ensemble des planches existantes et de la matière que représente cette folie, constituée de plusieurs milliers d’images.
Être à Jérusalem c’est pouvoir explorer une ville matricielle, un lieu d’origine où chacun suppose que quelque chose lui appartient. C’est remonter image après image aux mythes fondateurs. C’est tourner les pages du Livre et avancer sur les lieux mêmes où cette Histoire s’est déroulée. C’est constater - où que nous portent nos pas - qu’ il y a eu sur le Mont Moriah l’épreuve d’Abraham, le chemin de croix de Jésus dans la via Dolorosa, et que Mahomet avec sa jument s’y est envolé vers la Mecque. Lieux saints, territoires de sainteté, géographies métahistoriques, interprétations apocalyptiques, visions messianiques, Jihad.
La Bible nous raconte aussi les prophéties, celles qui feront de Jérusalem une ville de paix pour toutes les nations. J’aime parfois relire celle de Jérémie et de son amandier en fleurs. Pourtant, que de souffrance dans le quotidien de ses habitants, de douleurs et de larmes. Le sang qui coule à Jérusalem comme partout ailleurs dans le monde ne sera jamais sanctifié. La haine l’emporte sur la paix, les gens au nom de Dieu sont prêts à tous les sectarismes et fanatismes. Ville de paix : Yerouchalaïm ou encore la Sainte comme disent les musulmans?

© Didier Ben Loulou
© Didier Ben Loulou

C’est à l’intérieur de ses murailles et dans sa périphérie la plus proche que j’ai oeuvré. Je passe d’un quartier à l’autre en jouant, sur cet échiquier miné, le rôle du fou. Échec et mat, je n’en suis pas sûr. Au bout du compte, il ne reste que quelques images et sur 3000 ans d’histoire, ces quinze années pèsent peu. Finalement ce que j’ai tenté, c’est de descendre au plus près de ces mythes fondateurs et de constater la manière dont ils agissent encore et toujours sur ses habitants, et en cela Jérusalem a été pour moi une sorte de microcosme d’exploration. Je n’ai cessé de faire une photographie qui ne tend pas à la représentation, mais à l’identification des choses. La vie peut être éprouvante dans cette cité, j’y ai rencontré beaucoup de souffrance de part et d’autre. Des visages croisés disent la peur et l’attente, mais aussi le désir. Parce que la vie a toujours le dessus sur la grande Histoire. Le jeu des enfants, comme cette petite fille sur sa balançoire l’emporte sur la terreur et la fureur du monde. 
Dans sa préface au “Bleu du ciel”, Bataille se demande : “Comment peut-on perdre du temps sur des livres à la création desquels l’auteur n’a pas été manifestement contraint ?” Je ne cesse de photographier par manque de choix et sous la contrainte des lieux et des êtres, seule la douleur me fait avancer. Je ne saurai jamais photographier un simple paysage pour sa beauté ou sans la présence de l’être humain. »
Didier Ben Loulou, mars 2009

Didier Ben Loulou

© Didier Ben Loulou
© Didier Ben Loulou

Né à Paris en 1958, Didier Ben Loulou suit des études d'histoire de l'art et s'initie à la photographie.
 En 1979 il commence à donner ses premières diapositives à l'atelier Fresson avec lequel il continue de collaborer. En 1981 il séjourne pour la première fois à Tel Aviv où il tiendra une sorte de répertoire photographique de l'espace urbain et maritime de cette ville. Parallèlement il fera la découverte d'un lieu, tout proche de la grande ville, mais moins fréquenté et plus mystérieux peut-être dans sa configuration et dans son rayonnement : Jaffa et le quartier en ruine d'Ajami. Didier Ben Loulou attendra plus de vingt ans
 pour lui consacrer un livre et dévoiler de la sorte un versant occulté de la mémoire de ce pays. Ce livre, “Jaffa, la passe”,  paraîtra donc en 2006 (éd. Filigranes) avec un récit de Caroline Fourgeaud-Laville. C'est en 1993 qu'il décide de s'établir à Jérusalem qui deviendra le point d'ancrage de son travail artistique pendant plus de quinze ans. Les méandres de la vieille ville, la diversité de ses origines et la pluralité de ses appartenances formeront alors le territoire d'exploration du photographe. 
  L'écriture a toujours voisiné l'œuvre de Didier Ben Loulou jusqu'à la rejoindre pleinement dans le cadre d'un patient travail sur les lettres mené principalement sur les stèles du cimetière de Safed et celles du Mont des Oliviers. Le photographe parcourt le monde comme un lecteur à la recherche de signes. La lettre prend sa place dans son œuvre, sous toutes ses formes d'expressions : du plus sacré des inscriptions hébraïques, au plus profane des affiches couvrant les murs de la ville et des tags des ruelles arabes. Car la lettre sort précisément de ces deux catégories que sont le sacré et le profane pour se faire plus philosophique, sorte de lien des hommes entre eux, fussent-ils vivants ou morts. En 2007/2008, alors qu’il s’apprête à réunir l’ensemble de son travail sur Jérusalem et à le publier (Jérusalem », éd.du Panama 2008), il oeuvre à un nouveau projet sur Athènes : les peuples du voyage mêlés à l’immigration de masse, la rencontre du tiers monde avec celle du quart monde sous les périphériques de la capitale.

Lauréat de la Villa Médicis hors les murs en 1995, Didier Ben Loulou obtient en 1997 une bourse du FIACRE   puis son travail se voit récompensé en 2000 par l'European Association for Jewish Culture, visual Arts grant, Paris/ Londres.

Les œuvres de Didier Ben Loulou sont régulièrement exposées en Europe et aux États-Unis et sont représentées dans de nombreuses collections privées et publiques : Fonds national d'Art contemporain (Paris), Victoria & Albert Museum (London), Museum of Fine Arts (Houston), Maison Européenne de la Photographie (Paris), Musée d’Art et d’histoire du Judaïsme (Paris)... En 2007, un fonds est ouvert à l’Imec où se trouve l’ensemble de ses archives.
Il est représenté   par la galerie Hagalleria  (www.hagalleria.com - TEL/FAX : 00 33 1 43 43 99 02)

 

De 10h à 12h et de 15h à 18h30 sauf dimanche et férié.

Entrée libre

 
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©© L'imagerie 2002 - Création : B.Masson