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Stéphane Lavoué

À terre

Photographier l’univers de la pêche sans partir en mer. Stéphane Lavoué est resté à quai pour témoigner d’une réalité qu’on oublie trop souvent : un emploi de marin crée quatre emplois à terre. Il est entré dans les chantiers navals, les forges marines, les ateliers de marée, les conserveries pour mettre en lumière ces hommes et ces femmes qui travaillent dans l’ombre. En suivant son regard, on découvre les ouvriers qui fabriquent et livrent la glace qui servira à conserver le poisson à bord, les charpentiers et forgerons qui construisent et entretiennent les bateaux qui partent à la conquête du poisson, les employés de marée qui trient, découpent et expédient le poisson qui se retrouvera sur les étals du monde entier. Stéphane Lavoué a sillonné Le Guilvinec et la façade maritime du pays bigouden pour capter le corps et les yeux de ces travailleurs qui participent à la grande odyssée de la pêche. Ses photos nous dévoilent un monde qui, souvent, échappe à notre regard.

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© Stéphane Lavoué "A terre"

« Nous avons fini par nous y installer. À force d’enchaîner les allers-retours en pays bigouden, il a fallu nous rendre à l’évidence : nous voulions y vivre. En prenant comme fil rouge ce projet de « pêche à terre » sur le quartier maritime du Guilvinec, j’ai d’abord cherché une forme photographique susceptible d’exprimer au plus juste les émotions qui avaient motivé une telle décision. J’ai essayé le reportage sous sa forme la plus classique mais très vite j’ai été confronté à l’iconographie de la pêche, à tous ces éléments de décor (bateau, poisson, filets, quais...) qui renvoient immédiatement à un lexique visuel trop précis, trop évocateur. J’ai alors décidé de créer mon propre lexique, fait de portraits, de paysages et de natures mortes. Et c’est en associant ces images les unes aux autres, indépendamment de leur sujet, que je suis parvenu à retranscrire l’essentiel des émotions que je peux vivre ici, en Pays Bigouden. »
S.L.

De Pierre Soulages à Salman Rushdie, de François Hollande à Vladimir Poutine, artistes, hommes politiques, acteurs ou intellectuels ont tous posé face à l’objectif de Stéphane Lavoué. Aussi à l’aise dans l’art du portrait que dans la photo de reportage, cet habitué des grands magazines internationaux est né à Mulhouse en 1976. Diplômé de l’École supérieure du bois en 1998, il part vivre deux ans en Amazonie brésilienne, chargé des achats de bois pour un groupe industriel français. De retour en France en 2001, il s’installe à Paris et abandonne le bois pour la photo. Il travaille pour la presse française et étrangère. En 2002, après avoir fondé le collectif « Dolce Vita » avec quatre autres photographes, il amorce une collaboration d’une dizaine d’années avec le quotidien Libération, passant du reportage politique au portrait de quatrième de couverture. Il intègre l’agence Myop en 2006 puis rejoint en 2010 le groupe de portraitistes Pasco. Il vient de terminer un projet de conte photographique dans un petit « royaume » aux États-Unis : le North east Kingdom of Vermont, qui a été exposé au festival Images Singulières à Sète, au Lian Zhou Photo Festival en Chine et à la galerie Fisheye à Paris. Parallèlement il réalise, en résidence à la Comédie Française, les portraits officiels des 65 comédiens de la troupe. Il est l’un des lauréats de la commande photographique nationale « Une jeunesse en France » (CNAP- Ministère de la Culture, novembre 2016).
Installé depuis plus d’un an à Penmarch (Finistère), Stéphane Lavoué a réalisé la série « À terre » dans le cadre du projet « La France vue d’ici », piloté par l’association CéTàVOIR et Mediapart (livre aux éditions de La Martinière, 2017).


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