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du 13 octobre au 1er décembre 2018

"Absences", photographies de René Tanguy

Quelques éléments biographiques

René Tanguy est né en 1955 en Bretagne mais quitte très tôt la région avec sa famille pour suivre son père électricien, de chantier en chantier, aux quatre coins de la France et en Afrique.
De retour en France, il poursuit des études de photographie à l’Université de Marseille, et s’installe en Bretagne et à Paris. Il collabore à la presse nationale (Libération, Le Monde...), documente le monde du travail en France et à l’étranger pour des groupes comme Veolia ou Capgemini. Il se spécialise également dans le portrait institutionnel .
Parallèlement il entreprend un travail singulier très marqué par son histoire personnelle, faite de départs, de voyages et de déracinements. La mémoire et l’histoire familiale y sont également en filigrane entre tribulations réelles et cheminements intérieurs.
Le titre de ses premiers travaux, exposés et édités, sont “l’ Étranger provisoire”, relatant dix années autour du monde, « les Chiens de feu », plongée dans l’album de famille, et « le Chemin de cécité », retour dans ce village africain qui l’a vu grandir quarante années plus tôt. Récemment deux autres projets ont vu le jour, « du Monde vers le monde, escale à Valparaiso » sur les pas de Sergio Larrain et Pablo Neruda, et « Sad Paradise, la dernière route de Jack Kerouac ».
La mer continue également d’alimenter son univers photographique, lui qui a participé par le passé à des collaborations sur ce thème : exposition et édition “Hommes de mer” au Musée de la Marine à Paris, et “l’Art de la Mer” à Tarragone et Paris.
Éditions  : “Sad Paradise”, éditions Locus Solus, 2016 ; “Du monde vers le monde, escale à Valparaiso”, éditions Nonpareilles 2016 ; “Le Chemin de cécité”, Filigranes éditions, 2009 ; “L’Art de la mer”, Nathan, 2009 ; “Hommes de mer”, Images en Manoeuvre, 2002 ; “Les Chiens de feu”, catalogue d’exposition, 2002 ; “L’Etranger Provisoire”, Filigranes éditions, 1998.

René Tanguy - “Les chiens de feu”

L’exposition

Depuis 25 ans, René Tanguy invente une déambulation où s’entremêlent tribulations réelles et cheminements intérieurs, dont le déroulement aime à s’égarer dans les replis secrets de l’être et les recoins sombres de la mémoire. Il y est toujours question de déracinement, de partance viscérale - ce désir irrépressible d’être ailleurs -, inoculés dès l’enfance. L’exposition “Absences” présente une sélection de travaux réalisés entre 1998 et 2018.

“ L’étranger provisoire” avait déjà pour thème la mémoire et l’ailleurs. Pendant dix années d’un voyage initiatique, entre recherche d’identité et souci d’altérité, René Tanguy abordait le sentiment d’étranger : étranger aux autres, étranger à soi. Yann Le Goff, dans la préface du livre (éd. Filigranes 1998) écrit : “ Il imagine pour lui seul ce voyage comme le révélateur de ses rêves, qu’il fixe pour toujours ”. René Tanguy se réfère aussi à Fernando Pessoa : “ La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes. Ce que nous voyons n’est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes. Nous ne débarquons jamais de nous-mêmes.”

René Tanguy - ”L’étranger provisoire”

Le second volet s’appelle “Les chiens de feu”, traduction française du nom Tanguy. Il y est encore question de mémoire et d’intime, mais aussi de passé et de présent, à travers l’album de famille revisité, “musée imaginaire et théâtre d’ombres où les figures anonymes peuplent les images de rites et de fantômes”. En parcourant les lieux de l’enfance, ceux de l’origine, René Tanguy photographie le territoire de cette mémoire familiale : “ les photographies de famille disent mon existence avant mon existence, dans cette filiation, dans cette masse d’individus plus ou moins anonymes, à qui je dois ma présence au monde. Que leur dois-je d’autre ? La conscience d’être dans une destinée commune ? Une ressemblance ? Une différence ? Ou tout simplement, et enfin, l’acceptation du temps qui marche ”.

René Tanguy - “Les chiens de feu”

Avec “Le chemin de cécité ”, il est de nouveau question d’arpenter les lieux de l’enfance, ceux de ce village d’Afrique où René Tanguy a vécu il y a plus de quarante ans. C’est là que sont nées ses premières émotions conscientes, là où se sont initiés ses premiers rêves d’avenir, avant que ceux-ci, au fil du temps, ne soient remplacés par les souvenirs d’adulte. La mémoire se confronte aussi à l’histoire, la sienne et celle collective de ce pays d’accueil .
Il y est question de disparition, celle de son enfance, mais aussi de puissance, celle de la vie qui s’écrit dans la permanence du temps, dans cette Afrique lointaine et proche à la fois, mystérieuse et secrète, envoutante et inaccessible.

Cette démarche s’est nourrie récemment de deux autres projets : celle d’une nouvelle déambulation à Valparaiso sur les traces de Pablo Neruda et Sergio Larrain, “du monde vers le monde, Escale à Valparaiso” , en compagnie d’Anne-Lise Broyer, où s’entremêlent là-encore, littérature, exil et cheminement intérieur. Jean-Luc Germain écrit : « En duel, en partage, deux visions se croisent, se cherchent, s’épousent, s’éloignent pour mieux se retrouver. Deux regards funambules se promènent en équilibre toujours instable sur le plus fragile des filigranes : le Chili de Sergio Larrain, où l’histoire et la géographie se fondent dans une vibration poétique et universelle qui abolit le temps et l’espace ».

René Tanguy - “Escale à Valparaiso”

Le dernier ensemble, “Sad Paradise”, est consacré à l’amitié désespérée et à la correspondance inédite entre Jack Kerouac, écrivain américain et Youenn Gwernig, poète breton exilé à New-York dans les années 60. René Tanguy y rebat les cartes du voyage. Orpailleur fétichiste, il traque les miettes de destinée de ses deux « grands frères » éclaireurs, sur les deux rives de l’Atlantique, guidé par leur absence et leur présence. Comme pour ses autres travaux, tout n’y est pas certain, rien n’est arrêté, l’horizon se fait la belle et le flou existentiel l’emporte souvent sur le point d’ancrage. On peut alors y voir un état de grâce primitive d’un monde volontairement indéfini, cueilli juste avant son effacement imminent.

René Tanguy - “Sad paradise”

À propos d’”Absences” par Jean-Luc Germain

Dans le riche lexique qui, de l’errance à l’oubli, caractérise le déplacement humain sur la planète, le mot “voyage” vibre comme une terre promise. Pour tout ce qu’il contient de concret et d’incertain, il s’ajuste au plus prés de la trajectoire de René Tanguy, en escale à Lannion. Sans balisage topographique, ni chronologie, la dérive en images ici proposée est une exposition-gigogne où s’entremêlent, se superposent et se croisent, plusieurs voyages, lointains ou intérieurs.

Voyage d’abord dans les photographies qui ont enrichi “L’étranger provisoire”, “Les chiens de feu”, “Le chemin de cécité”, “du Monde vers le monde” et “Sad Paradise”, autant de livres, d’expositions, de projets dont ce choix est issu. En filigrane de ces titres magnifiques, qui en disent plus qu’il ne le voudrait sur l’histoire de leur auteur, se faufile une quête née dans les mystérieuses contrées de l’enfance. Une enfance où se diffusent, entêtants, obsédants, les couleurs vives, parfumées, du Gabon et le gris argentique, un peu flou, de cette expérience africaine « sans laquelle rien de ce qui a suivi n’existerait ».

Dans une tribulation anti-géographique où les points d’ancrage sont parfois flottants et les lignes presque toujours en fuite, le continent noir est le premier des territoires essentiels de la mappemonde intime. Plus tard, d’autres traces se dessineront, d’autres compagnons de déroute, irrésistibles colporteurs d’exil, se présenteront sur le chemin de René Tanguy, jusqu’à devenir ses fertiles inspirateurs. Sans les éclats sublimes que Sergio Larrain avait cueillis avant lui, il n’y aurait pas de Valparaiso. Sans l’impact qu’eurent Sur la route, Jack Kerouac, Robert Frank et la beat generation sur son adolescence, l’Amérique de René Tanguy n’existerait peut-être pas. Cette clé fragile et incertaine est indispensable pour entrouvrir le « temps en suspension », arrêté quelque part entre passé et présent, où cette démarche tente de se situer.

René Tanguy - “Sad paradise”

Là s’esquisse un voyage autrement complexe et au but inconnu, dans l’inconscient de celui qui a saisi l’opportunité qui lui était offerte de s’interroger en toute humilité sur son écriture, son esthétique, sa relation vitale avec la photographie. Quand il se place devant ce miroir intérieur habité de souvenirs, la mémoire et le temps, du cri primal au dernier souffle, lui sautent aux yeux. C’est probablement dans cette parenthèse viscérale et universelle, sur cet écoulement émotionnel, photosensible, qui a commencé avant lui et se prolongera au-delà de son histoire, que René Tanguy travaille. Fouillant les archives familiales, revenant sur ses propres itinéraires, ouvrant des perspectives et des trouées, il tamise le fleuve intranquille d’une histoire d’ombres et de lumière, la sienne, celle de ses ancêtres et celle de ses descendants. Accroché à des images qui finissent par composer une étrange fresque d’amour et de mort, chaque destin, achevé ou débutant, grossit une “matière mémoire”, une matrice très personnelle, et pourtant partageable.
« Nous ne débarquons jamais de nous-mêmes”. Dérisoires et magnifiques déclinaisons de la prophétie-confession de Pessoa, ces conjugaisons multiples de l’espace et du temps d’une vie, du passé et du présent d’un homme, de sa lumière et de sa part de ténèbres, finissent par composer une écriture.

Jean-Luc Germain , juin 2018


“Absences” de René Tanguy – Quelques textes pour une vie de photographe

Du monde vers le monde
Escale à Valparaiso

S’extirper du monde connu, entrer dans ce que tu n’as jamais vu, se laisser aller, à son gré, beaucoup marcher d’un endroit à un autre, vers là où ça te dit.
Petit à petit, tu vas trouver des choses et des images vont s’offrir à toi, comme des apparitions, tu les prends.
Sergio Larrain

C’est en moi-même que je cherche les photographies, quand, l’appareil à la main, je jette un œil au dehors.
Je peux matérialiser ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi.
Sergio Larrain

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.
Abandonné comme les quais dans le matin.
C’est l’heure de partir, ô toi l’abandonné !
Tu as tout englouti, comme fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. 
Et tout en toi fut un naufrage !
Pablo Neruda

René Tanguy - “Escale à Valparaiso”

Les chiens de feu
L’album de famille

Le roman des générations s’écrit dans le passage des témoins et le mystère des non-dits. Les photographies, elles, disent autre chose. Elles disent mon existence avant mon existence, dans cette filiation, dans cette masse d’individus plus ou moins anonymes, à qui je dois ma présence au monde. Que leur dois-je d’autre ? La conscience d’être dans une destinée commune ? Une ressemblance ? Une différence ? Ou tout simplement, et enfin, l’acceptation du temps en marche.

René Tanguy - “Les chiens de feu”

Le chemin de cécité
L’enfance africaine

Des photographies : un jour vient où il ne reste plus que cela, et on les bat, on les aligne, on les brouille ou on les étale comme des cartes sur un tapis, on s’aperçoit que l’on ne possède plus rien d’autre, que l’on n’a jamais peut-être possédé rien d’autre, puisque, tout ce que l’on a vécu, les minutes bouleversantes qu’on aurait pu croire éternelles, de tout cela il ne reste rien, instants radieux ou à demi effacés à l’horizon.
Gaston-Paul Effa

Être heureux, c’est n’avoir pas à se souvenir.
J.M.G. Le Clezio

René Tanguy - “Les chemins de la cécité”

L’étranger provisoire
De port en port

Si j’imagine je vois. Que fais-je de plus en voyageant ? Seule une extrême faiblesse de l’imagination peut justifier que l’on ait à se déplacer pour sentir. La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes. Ce que nous voyons n’est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.
Nous ne débarquons jamais de nous-mêmes.
Fernando Pessoa

René Tanguy - ”L’étranger provisoire”

Sad Paradise
La dernière route de Jack Kerouac

Pour moi ne comptent que ceux qui sont fous de quelque chose, fous de vivre, fous de parler, fous d’être sauvés, ceux qui veulent tout en même temps, ceux qui ne bâillent jamais, qui ne disent pas de banalités, mais qui brûlent, brûlent, brûlent comme des feux d’artifice extraordinaires, qui explosent comme des araignées dans les étoiles.
Jack Kerouac

René Tanguy - “Sad Paradise”

A L’Imagerie, 19 rue Jean Savidan, 22300 Lannion
Du 13 octobre au 1er décembre 2018
Du mardi au samedi, de 15h à 18h30.
Le jeudi, de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h30. Sauf jours fériés.-
Entrée libre.

Rencontre avec l’auteur le samedi 13 octobre à 18h

René Tanguy - ”L’étranger provisoire”

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    Entrée libre