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Richard Dumas

Du 19 octobre au 30 novembre 2013

« Le Rennais Richard Dumas n’est pas portraitiste, mais photographe.
On a bien écrit qu’un autre Richard (Avedon pour ne pas le citer) était un mondain et une star parce qu’il a photographié des célébrités, ou qu’il était un "photographe de mode" parce qu’il a consacré un certain nombre d’années à ré-inventer la manière de mettre en images le chiffon !
Rassurez-vous, il est simplement un des artistes essentiels de l’histoire de la photographie au XXe siècle. Le "Richard Dumas photographe" est immédiatement reconnaissable à son élégance, légèrement dandy, à son sens des contrastes à la fois forts et retenus, à sa façon d’inventer des images indatables qui deviennent vite des icônes, au mystère qu’il laisse toujours planer dans des carrés et des rectangles qui retiennent d’étonnantes vibrations de lumière. Cette photographie raffinée est nourrie de littérature, de musique (du jazz au moindre groupe de rock) et, bien entendu, de cinéma, portugais de préférence ». (C. Caujolle)

« En photographie, je cultive le hasard et le fortuit. C’est pour cela que je fuis les studios, alors qu’en extérieur, chaque situation me pose une nouvelle question, à laquelle il faut que j’apporte une réponse nouvelle. Parce que je préfère l’inquiétude de l’inconnu à l’esprit de système et à la facilité. Au risque d’être déstabilisé » (R. Dumas)

« Finalement, j’aime bien donner l’impression que les gens sont seuls, que je ne suis pas là, je m’absente d’eux, c’est paradoxal… ».
Richard Dumas

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« Fin des années 70, début des années 80, de nombreux jeunes gens, nourris autant de bonne éducation que d’une instruction solide suivent les cours à l’université, à Paris comme ailleurs. Il est une province avec Rennes comme capitale où ces étudiants, voyant se profiler avec un certain ennui la finalité de tout cela, trouvent dans les textes de littérature, le cinéma et la musique un territoire d’autant plus excitant qu’ils peuvent le définir eux-mêmes et y expérimenter quelque chose de neuf, qui leur appartienne en propre, ne pas y faire ce qu’on leur a demandé de faire mais faire ce qu’ils ont envie de faire. C’est une époque où la peur du lendemain, non seulement n’est pas induite par des discours de politiciens tactiques, mais au contraire, n’existe pas… On se nourrit des poètes du passé, d’un cinéma qui expérimente, et d’une musique dont le rock & roll est le fer de lance, l’épingle à nourrice qui s’accroche aux oripeaux d’un monde qui continuera à nier et jusqu’à ce jour ce qu’il aurait pu avoir de bon...

Parmi ces jeunes gens empreints d’une certaine idée des lendemains, se révèle Richard Dumas, brillant étudiant en robotique à l’Université de Rennes 1. Il trouve à Rennes des comparses comme lui, érudits et esthètes, conscients de leur temps et de ce qu’on attend d’eux, pour faire ce que leur temps commande et passer au-delà des attentes. Richard Dumas enregistre sur le 4 pistes de Marquis de Sade, la première maquette de Mythomane de Etienne Daho, Etienne au chant, Richard à la guitare. Il est dans ce courant musical nommé la scène rock rennaise, à part et novatrice dans le rock français qui s’illustre par des groupes comme Marquis de Sade, Marc Seberg, Les Nus, Ubik etc… Les Transmusicales de Rennes naîtront à ce moment-là, dans ce sillage. Ce rappel historique, pour signifier les affinités électives que le photographe entretient, avec le monde du rock dont on trouve ici plusieurs portraits.
Dumas délaisse alors la musique, sport trop collectif pour le solitaire qu’il est et commence à photographier, notamment les nombreux musiciens qui affluent vers la capitale rennaise. Il est étonnant de constater, quelques décennies plus tard, comment le style est toujours là, reconnaissable entre tous, où le visage est finement dessiné par la lumière qui affleure, ne luttant aucunement avec les noirs profonds mais semble en émerger doucement, comme une réponse à une certaine vanité face au temps qui passe. Dumas reste simple dans son appréhension du métier : lumière, temps, matière.

Ces notions se prolongent dans le travail effectué dans la chambre noire où il réalise les tirages directement à partir du négatif. Petits formats carrés dont il a finement déchiré les bords du papier ou grand format sur Agfa avec son tireur complice, Antoine Agoudjian (dont les travaux personnels sur l’Arménie ont été présentés à l’Imagerie il y a quelques saisons). L’attention qu’il porte au tirage est aussi exigeante que celle appor­tée au moment de la prise de vue.

A la question d’un journaliste qui lui demandait comment s’était passée la séance de pose avec telle célébrité, Richard Dumas répondit, placide : « Il n’y avait pas qu’elle, il y avait nous deux ». Ce laconisme répond à une évidence et qui apparaît clairement dans son oeuvre. Lui seul saura attendre l’instant afin de créer cette impression de découvrir chez le modèle ce sentiment qu’il est à ce moment-là, quelque peu étranger à lui-même, captant sur le visage un sentiment d’étrangeté, propre à l’existence. Charlotte Gainsbourg dont le cou gracile, prêt à se briser contredit un profil volontaire et têtu, Keith Richards qui se noie dans un épais halo de fumée dont l’oeil s’extrait petit à petit pour nous faire voir un double qui serait la camarde, vieille complice de toujours dont il semble s’amuser en continuant à tirer sur sa cigarette, ou bien Patti Smith dont la détermination légendaire semble être rattra­pée, contrebalancée par une douce réminiscence. Le portrait d’un visage porte en lui un mystère quand celui-ci révèle une forme de beauté. Et c’est dans cette beauté recherchée et révélée que se dégage une certaine idée de l’existentiel.

Gilou Le Gruiec (Galerie VU’)


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