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Du 12 avril au 14 juin

Yvan Salomone - Ventriloque 

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Au début était le désespoir
« L’élément déclencheur a été mon désespoir. Dans les années 88-89 je me suis retrouvé dans l’atelier, plus rien à dire, sécheresse absolue, physique et psychologique. Tout autour de la pièce, j’avais tracé une ligne à hauteur des yeux, une sorte de ligne d’horizon, où je punaisais et défaisais en permanence des restes d’expressions. L’extrême fin de toute une série de tentatives abîmées par de trop grandes admirations.

Alors je suis sorti. J’habite à Saint-Malo, pas loin d’un port, je trouve du plaisir à me promener sur les quais, autant pour la mobilité de ce que j’y trouve que comme dernier espace, quand le désespoir vient buter sur une limite physique, géographique. Et curieusement, ces ports qui auraient dû m’amener à une sorte d’admiration maritime, à toute une mythologie, m’apparaissaient comme un immense atelier où tout était plaisant, changeant, une leçon d’architecture permanente avec des ruptures d’échelle. D’unseul coup, un navire de la taille d’un immeuble modifie l’espace. Il n’y a pas d’autre endroit sur la planète où un immeuble arrive et s’en va dans l’heure. Et qui de plus porte un nom d’une grande poésie, nom d’une femme, d’un personnage mythologique. D’un seul coup Diane est là, et demain ce sera Persée et après-demain Irène.

Bernard Lamarche-Vadel, qui écoutait mes histoires à l’époque, m’a aidé à accélérer le processus devant m’amener à traduire ces situations éprouvées chaque jour. Et parmi les possibilités qui s’offraient à moi, j’ai pensé que la technique de l’aquarelle pouvait convenir. »

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© Yvan Salomone - klingelaut

Peindre pour réfléchir
« Pour moi, passé par une lignée Chirico, Pollock, Guston, Beuys, arriver avec un paysage aquarellé, c’était un peu inquiétant au vu de ce que j’avais admiré avant. Surtout en sachant l’image que je produis dans l’esprit des gens, quand on sait le genre de peinture pratiquée dans ces cités balnéaires. C’est devenu passionnant parce que je suis passé d’un mode ironique à un véhicule. Je ne suis pas vraiment un peintre au pur sens de la peinture, quelqu’un qui baigne dedans, non. J’utilise la peinture pour réfléchir. Il y a une grande ambiguïté quand on ne voit dans mon travail qu’un réalisme de plus. Pour reprendre Freud sur le rêve, j’aime à dire que la figuration n’est pas faite pour être comprise.

Aujourd’hui, après vingt ans de conduite de ce véhicule, la conduite est plus aisée, je prends les virages un peu plus vite, et quand survient un dérapage, j’ai mes ‘rustines’, ces éléments noirs à la fois masques, lest de rééquilibrage d’une composition, ardoise magique de mon inconscient,ou qui sait symptômes d’une éruption à venir. »

Les zones
« J’ai toujours bougé. Mais initialement j’étais très attiré par les zones portuaires. Surtout pas la friche, surtout pas l’abandon, pas ce romantisme-là, mais des lieux qui fonctionnent avec une face qui ressemble à l’abandon. C’est ça qui m’intéresse. Comment, à un moment donné, il y a des interstices de fonctionnement, des zones qui pour un certain temps vont s’arrêter de fonctionner, avant de redémarrer. Par référence au personnage du Stalker d’Andreï Tarkovsky, je me considère comme un chasseur d’approche, je rentre sur une zone, donc potentiellement, le film ayant été tourné sur quelque chose comme trois hectares, j’aurais pu développer toute mon activité à Saint-Malo, d’autant qu’il y a vingt ans je pouvais y rentrer, alors que maintenant, pour de multiples raisons, zone franche, clandestinité, danger des outils, c’est grillagé. Mais je n’ai pas résisté à aller voir comment ces zones là étaient ailleurs, pour finalement vérifier qu’elles étaient les mêmes. D’où une indifférence géographique totale. Que je sois en Afrique, aux États-Unis ou en Chine n’a aucune importance. Et c’est là encore où le réalisme de mes paysages s’effondre. Peu à peu, pratiquer ces zones m’a ouvert les yeux sur d’autres interstices existant dans ce monde. Alors, que je sois en Auvergne ou en train d’attendre quelqu’un à la gare, je peux apercevoir quelque chose que je n’aurais pas vu avant, sans cette initiation. »

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© Yvan Salomone - ventriloque

L’aquarelle sur le divan
« Faire une aquarelle hebdomadaire crée beaucoup de tension, dans la mesure où je cherche à obtenir, non pas la description de ce que j’ai vu, mais une histoire planquée dans le paysage qui m’a regardé. Quelle est cette rencontre qu’on a eue ensemble ? C’est cette énigme que je cherche en permanence et que je ne trouve pas. Une phrase est essentielle pour moi, celle de Freud décrivant la cure analytique : ‘Élever l’impuissance jusqu’à l’impossible’. À un moment, il faut aller chercher quelque chose tout en sachant qu’on ne le trouvera pas. Et là, on est quasiment à la naissance du désir. Et vingt ans après, j’ai encore du désir. À une époque, la tension était telle, avec cette impression de recevoir mes paysages, recevoir l’histoire qu’ils avaient à me dire, que j’avais souhaité, comme un psychanalyste, rentrer en contrôle pour me réparer un peu de cette tension. Le travail avec les jus est lent, quand le malade est trop mouillé il faut attendre qu’il sèche et, devant m’interrompre, j’ai le temps de la réflexion. Qu’est-ce que ce paysage me veut ? Et je n’abandonne jamais un paysage sans qu’il m’ait dit quelque chose. Donc, si je peux l’exprimer comme ça, j’ai des paysages en analyse. »

recueilli par Jim Palette-Revue AA, 2010

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© Yvan Salomone - spheredoree

Inauguration, rencontre avec l’auteur le samedi 12 avril à 18h à l’Imagerie.

Exposition présentée à l’Imagerie, 19 rue Jean Savidan, 22300 Lannion
Du 15 avril au 14 juin 2014 – Entrée libre

Du mardi au samedi, de 15h à 18h30 ; le jeudi : de 10h à 12h et de 15h à 18h30.

Avec le soutien de la Ville de Lannion, du Conseil Général des Côtes d’Armor, du Conseil Régional de Bretagne, de la DRAC Bretagne.

Dans la Presse

  • © Y Salomone - Fausse route

  • "Photos Nouvelles" spécial Imagerie

  • L’imagerie

    19, rue Jean Savidan 22300 LANNION
    Tél. : 02.96.46.57.25
    Mail : l-imagerie@orange.fr

    D’octobre à juin :
    ouvert du mardi au samedi, de 15h à 18h30.
    Le jeudi : de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h30.

    En juillet, août et septembre :
    ouvert du mardi au samedi,
    de 10h30 à 12h30 et de 15h à 18h30.
    Sauf jours fériés.