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SANS MOTIF APPARENT – DANIEL NOURAUD

L’élément matriciel de l’univers photographique de Daniel Nouraud est devenu, au fil des ans, l’eau, où il se sent de plus en plus comme un poisson. L’eau qui adoucit les formes, qui unifie les sensations, qui compose un monde de nuances, de contagions entre les couleurs et les lumières, un monde centripète, sans perspectives géométriques.

Dans cette série de photographies consacrées à New York, il change radicalement de « milieu » photographique, au sens chimique du terme : il passe de l’eau à la lumière. Mais une lumière aveuglante, tranchante, qui crée un monde aigu d’arêtes lumineuses vives où rien n’existe comme matière ni comme volume. Tout devient éclats de lumière. Les choses, les passants, les éléments du décor urbain n’existent plus en soi, mais uniquement dans leur rencontre avec les rayons de lumière qui les flashent impitoyablement.
Même l’architecture, qui est le motif premier de la tradition des photos de New York, est effacée, niée par cette hypersensibilité à la lumière, où tout ce qui n’est pas découpé par elle disparaît dans un noir profond, un trou de non-matière dans la continuité du monde.
Les figures humaines, dématérialisées, semblent surgir de ce gouffre noir pour être frappées sous nos yeux par une lumière cruelle, irradiante. Comme si la ville avait été désertée par ses habitants habituels et envahie par des ectoplasmes d’apparence humaine qui tenteraient pour la première fois de quitter la protection de leurs caveaux nocturnes et d’affronter un soleil inquisiteur qui les aveugle, les étourdit, les statufie sur place.
La lumière, dans ces photos, a un pouvoir discriminant, séparateur, disjonctif. La ville n’est plus un tout organique : la lumière en déconnecte chaque élément qu’elle frappe, l’isole, le brûle, le passe au laser.
Mais ces ectoplasmes irradiés, Nouraud les regarde avec tendresse et compassion, comme s’il pouvait les sauver, en les photographiant, d’une dissolution imminente dans la lumière. La pellicule est leur dernier refuge.

Alain Bergala

Né en 1950, Daniel Nouraud a été co-directeur avec Claude Raymond-Dityvon de l’agence Viva,
structure atypique et laboratoire d’idées des années 1970 à 1982. Actuellement photographe indépendant, Daniel Nouraud cultive et interroge l’image dans un territoire où se mêlent photographie, peinture et cinéma. Expositions, commandes publiques et privées, éditions et publications, ponctuent un parcours expressif, lié au voyage, ou plutôt à l’exploration inlassable des espaces naturels, humains et plastiques.

Depuis 2011, accueilli en résidence en Nouvelle-Calédonie il travaille sur l’esprit Kanak et le paradoxe « territoire coutumier et occidentalisation ». Tournage aussi en tribu de Oua Tom - Poé Makaté en 2012 .

La série "Sans motif apparent..." proposée à l’Imagerie a été réalisée entre 2006 et 2010 à New York en parallèle à une création au Polaroid peint.

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© Daniel Nouraud- « Sans mobile apparent, New York »


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