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Du 18 octobre au 29 novembre 2014

Jane Evelyn Atwood

LES AVEUGLES

« L’idée de photographier les aveugles m’est venue d’une curiosité toute personnelle pour les gens qui ne voient pas, et qui, cependant, doivent vivre dans un monde de “voyants”.

Une personne aveugle n’a pas la même conscience que nous de son apparence, ni de celle qu’elle veut avoir ou craint d’avoir. Ne disposant pas de ces références, elle ne se prépare pas en vue de l’image. Cette absence d’autocensure peut rendre les photos plus intéressantes, mais pas nécessairement plus faciles à créer.

« Institut départemental des aveugles-Saint-Mandé, 1980 »

C’est un sujet tout particulier pour moi, que je n’abandonnerai jamais complètement. Le fait de photographier des gens qui ne peuvent pas voir m’oblige à voir autrement. »

JEAN-LOUIS

« En Europe en 1987, en pleine épidémie de Sida, personne n’avait encore osé se montrer publiquement, disant « je suis atteint du Sida ». C’était important de donner un visage aux personnes atteintes de la maladie. J’espérais que parler de quelqu’un qui vivait avec le Sida aiderait à dépasser les peurs, à changer les idées fausses et préconçues sur ce sujet.

Jean-Louis a été la première personne en Europe atteinte du Sida à accepter d’être photographiée pour que ses photos paraissent dans la presse.
Je vivais chez lui pour pouvoir faire ces photos à partir du 16 juillet 1987, jusqu’en août - mois où il est entré à l’hôpital pour y mourir le 27 novembre.

« Jean-Louis, 1987 »

Tout au long de ce reportage, même aux moments les plus difficiles, Jean-Louis ne m’a jamais demandé d’arrêter de le photographier. C’est sa personnalité unique, son intelligence, la profonde amitié qui est née entre nous dès le premier jour, et sa grande dignité qui ont rendu ce travail possible. »

FEMMES EN PRISON

« J’ai commencé à photographier les femmes incarcérées en 1989.

Pendant dix ans, je me suis concentrée sur les criminelles de droit commun dans quarante prisons - maisons d’arrêts, centres de détention et pénitentiaires - dans neuf pays en Europe, Europe de l’Est et les États-Unis jusque dans des couloirs de la mort. Au départ, la curiosité était mon principal motif. La surprise, le choc et la stupeur ont pris le relais. La rage m’a portée jusqu’au bout.

« Prison pour femmes, Dijon, 1991 »

Dés le début, j’ai été frappée par l’immense manque affectif des prisonnières. Elles avaient été écrasées non seulement par l’ignorance, la pauvreté et une vie de famille éclatée, qui sont le lot commun de presque tous les détenus, mais aussi par des années – quand ce n’est pas une vie entière – d’abus physiques et sexuels exercés sur elles par les hommes. Souvent, ces même femmes purgeaient une peine pour des actes qu’un homme avait commis, ou pour des actes qu’elles n’auraient jamais commis toute seule.

Trop souvent, la politique mise en œuvre dans les prisons de femmes consiste à humilier plutôt qu’à réhabiliter. Des femmes qui étaient brisées dehors continuent, en prison, à être traitées comme des citoyennes de seconde zone.

Un large pourcentage des femmes incarcérées le sont pour des délits non violents. Est-ce vraiment nécessaire de les mettre en prison ? Une fois incarcérées, elles ont moins de chances de s’en sortir que les hommes, les programmes de formation et les possibilités de travail des femmes sont limités et débilitants.

Pour chaque femme qui a accepté de participer à ce travail, des centaines ont refusé : elles craignaient les représailles des gens à l’extérieur, ou des gardiens (nes) à l’intérieur, si elles disaient la vérité. Dans le monde entier, les administrateurs de prison prétendent protéger les détenues de l’exploitation ; en vérité, ils font tout leur possible pour les empêcher de s’exprimer sur la réalité de ce qu’elles vivent derrière les barreaux. La honte empêche certaines femmes de parler. Pour beaucoup d’autres, c’est la peur. Mais la grande majorité d’entre elles est tout simplement réduite au silence. »

RUE DES LOMBARDS

« En 1976 quand j’ai commencé à prendre des photos rue des Lombards, je ne connaissais rien de la prostitution. Mais cela faisait plusieurs années que je vivais à Paris, et j’avais vu les femmes dans la rue, habillées comme des stars, chuchotant aux hommes qui passaient. Je voulais les regarder mais je ne voulais pas les dévisager. Tout en elles me fascinait – leurs vêtements, leur maquillage et leur coiffure, leurs bijoux et les regards qu’elles jetaient aux hommes. Je voulais les connaître et les prendre en photo devint un moyen de le faire.

Blondine était la plus impressionnante de toutes. Je commençais à travailler aux mêmes heures qu’elle - l’équipe de nuit - à partir de huit heures du soir, souvent jusqu’à l’aube, et parfois le dimanche. Comme les autres femmes, j’étais soit dans l’immeuble, dans le café, ou dans les deux ou trois bars qu’elles étaient autorisées à fréquenter, soit – quand les flics n’étaient pas dans les parages – dehors dans la rue. J’ai fini par passer tous les soirs, rester toute la nuit dans cet immeuble pendant un an. Je travaillais là jusqu’à ce que l’immeuble soit vendu et les femmes, obligées de partir. »

« Blondine devant la porte, Rue des Lombards , Paris, 1976-1977 »

Biographie-Résumé

Jane Evelyn Atwood est l’auteur de dix livres, dont Nächtlicher Alltag (Mahnert-Lueg, 1981), consacré aux prostituées de Paris ; Légionnaires (Hologramme, 1986) ; Extérieur Nuit, sur les aveugles (Actes Sud, Photo Poche Société, 1998) ; Trop de Peines, femmes en prison (Albin Michel) et Too Much Time, Women in Prison (Phaidon, 2000), résultat de 10 années de travail qui reste, jusqu’à aujourd’hui, la référence photographique déterminante sur l’incarcération féminine ; ainsi que Sentinelles de l’ombre (Seuil, 2004), l’aboutissement d’un travail de quatre ans au Cambodge, au Mozambique, en Angola, au Kosovo et en Afghanistan, sur les ravages de mines antipersonnel.

A Contre Coups (avec Annette Lucas), quinze portraits de femmes françaises confrontées à la violence, est publié en 2006 (Xavier Barral). En 2008 est publié Haïti, le résultat de trois années de travail (Actes Sud), ainsi que Badate, une histoire intime sur la phénomène des femmes d’Ukraine qui s’occupent des personnes âgées en Italie (Silvana Editoriale, Milan). En 2010, elle entre dans la prestigieuse série Photo Poche monographie avec Jane Evelyn Atwood #125 (Actes Sud). En 2011, son tout premier travail sur la prostitution est réédité chez Xavier Barral dans Rue Des Lombards.

L’œuvre de Jane Evelyn Atwood a été récompensée par des prix internationaux les plus prestigieux, dont : la premier bourse décernée par la Fondation W. Eugene Smith en 1980 ; un Prix de la Fondation du World Press Photo d’Amsterdam en 1987 ; en 1990, le Grand Prix Paris Match du Photo-journalisme ainsi que le Grand Prix du Portfolio de la Société Civile des Auteurs Multimédia (SCAM) ; le Prix Oskar Barnack/Leica Camera en 1997 ; et un Prix Alfred Eisenstaedt en 1998. En 2005, elle s’est vue décerner le Charles Flint Kellogg Award in Arts and Letters de Bard College, U.S.A. En 2012 la Maison Européenne de la Photographie à Paris présente sa première grande rétrospective montrée ensuite au Botanique à Bruxelles (2013-2014).

Exposition présentée avec le soutien de la Ville de Lannion, du Conseil Général des Côtes d’Armor, du Conseil Régional de Bretagne et de la Drac Bretagne.
L’Imagerie est membre des réseaux Art Contemporain en Bretagne et Diagonal


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